Le web social et les bibliothèques publiques québécoises: un avenir conjoint

Les bibliothèques publiques sont à mes yeux des lieux fascinants qui reflètent les communautés dans lesquelles elles sont établies. J’ai toujours aimé fréquenter les bibliothèques publiques. Ce qui m’a finalement amené, après plusieurs années, à un retour aux études en bibliothéconomie et en sciences de l’information, et ce, à un moment où le monde des bibliothèques, avec la croissance rapide du monde numérique est en importante mutation.

 Le milieu

Les bibliothèques publiques du Québec répondent aux besoins d’information, d’éducation, de culture et de détente de la population et elles évoluent constamment. Elles commencent à intégrer les outils éducatifs modernes qui complètent le rôle des livres. On y trouve une multitude de livres bien sûr, mais aussi des revues, des disques compacts, des accès et des services Internet et, dans beaucoup de bibliothèques, on découvre aussi des jeux éducatifs, des cédéroms, des spectacles, des expositions, des conférences, des discussions, des concerts, des lectures publiques et des ateliers de toutes sortes dont des initiations à l’informatique et aux médias sociaux.

Depuis déjà une trentaine d’années, les bibliothèques ont intégré l’informatique documentaire à leur gestion pour les prêts et les catalogues et les usagers ont maintenant souvent accès aux catalogues de leur bibliothèque via l’Internet. En plus du catalogue, les sites internet des bibliothèques offrent une foule de services : consultation de son dossier du lecteur, réservation, service de référence, suggestions de lecture, roman-feuilleton web, etc. Les résidents de la ville de Montréal peuvent visiter le site de leur bibliothèque au:  http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=4276,64095570&_dad=portal&_schema=PORTAL  et tous les résidents du Québec peuvent entre autres accéder au site Internet de la Grande Bibliothèque (BANQ): http://www.banq.qc.ca/accueil et profiter de leurs nombreux services à distance.

Les tendances

Avec la numérisation de l’information et la dématérialisation des supports documentaires, plusieurs observateurs prédisent la disparition des bibliothèques disant que le web peut devenir à lui seul le fournisseur universel de tous les savoirs. Pourtant, depuis le début du XXIe siècle, les constructions de bibliothèques à travers le monde se multiplient en rivalisant d’audace architecturale et de dimension.

Bibliothèque centrale de Seattle, inauguré en 2004

Les bibliothèques modernes à travers le monde se donnent de nouveaux noms : Learning Centers, Library Concept Center, Idea Store pour démontrer leur vocation à former les citoyens aux compétences nécessaires pour fonctionner dans la société contemporaine. La bibliothèque du XXIe siècle est un lieu qui favorise le dialogue. La bibliothèque se présente comme un troisième lieu soit un lieu de vie, un centre culturel communautaire. Le phénomène est bien décrit dans l’article La bibliothèque troisième lieu, vers une redéfinition du modèle de bibliothèque publié dans la revue Argus de janvier 2011:  http://revueargus.qc.ca/index.php/author/mathildeservet/

Idea Store de Whitechapel à Londres, inauguré en 2005


Les bibliothèques publiques développent de plus en plus les outils du web 2.0  pour communiquer avec leurs usagers et partager de l’information pertinente. La bibliothèque veut aller chercher les usagers là où ils sont. Les bibliothèques utilisent le web social pour promouvoir leurs services. À cet effet, sur Facebook, la bibliothèque de Lachine , les Bibliothèques de Montréal, BANQ  et sur Twitter pour BANQ utilisent ces médias sociaux dans les règles de l’art. Ils sont juste assez présents, nous présentent de l’information inédite et variée et font interagir les internautes.

Au cours des dernières années sont apparus les services de référence virtuels soient des services qui utilisent courriels, SMS, forums de discussion et réseaux sociaux pour permettre à des usagers d’accéder à un bibliothécaire pour poser leurs questions sans contraintes de temps et d’espace. Ce passage vers le virtuel était nécessaire suite au déclin des visites auprès des bibliothécaires de références avec le développement du Web et ses moteurs de recherche de plus en plus puissant. En ajoutant les différentes bases de données et autres services aux usagers disponibles par Internet, on peut dire que la bibliothèque est vraiment sortie de ses murs pour aller répondre aux besoins des usagers. Si vous avez une question, n’hésitez pas à la poser à un bibliothécaire: http://www.banq.qc.ca/services/reference/index.html .

Les bibliothèques commencent aussi à avoir des blogues. Prenons l’exemple, d’Espace B, le blogue des Bibliothèques de Montréal qui s’adresse principalement aux professionnels du milieu, mais les citoyens peuvent aussi lire et commenter les billets relatifs à l’actualité des bibliothèques et de la société, les programmes et les services, les technologies et le Web ainsi que des recommandations touchant des domaines variés. Parce qu’ils sont des professionnels de l’information, les internautes peuvent être confiants quant à la justesse des informations véhiculées par les bibliothécaires responsables de ses blogues.

Le concours Biblioclip est organisé depuis 2007 par les Bibliothèques de Montréal. Les citoyens sont invités à produire un court métrage. Le concours qui devient de plus en plus populaire auprès des jeunes de 14 à 30 ans vise à promouvoir la création numérique et à faire connaître l’implication des bibliothèques publiques comme lieux actifs de création, de savoir et de culture. Ce concours démontre un emploi efficace du numérique comme outil de promotion pour les Bibliothèques de Montréal. En guise d’exemple des résultats, je vous invite à visionner un court métrage lauréat d’un deuxième prix.

Une nouveauté pour les Bibliothèques publiques de Montréal qui démontre une nouvelle tendance pour la lecture est l’abonnement à Publie.net, l’un des premiers éditeurs de littérature numérique francophone. Publie.net est un projet innovateur qui comprend une démarche contributive de la communauté en ligne. Les usagers sont conviés à des rendez-vous d’animation hebdomadaires autour de chacune des œuvres suggérées. Pour apprivoiser cette littérature, Bibliothèques de Montréal a sélectionné huit œuvres représentant diverses collections parmi les 400 textes de Publie.net qui sont tous disponibles aux abonnées pour une lecture en ligne.

Finalement, une importante nouveauté dans le monde des bibliothèques publiques est l’intégration du service de prêts de livre numérique. Les bibliothèques publiques du Québec ont été jusqu’à maintenant quasi absentes de ce marché numérique, car il y avait peu d’offres commerciales. Ce sont des acteurs commerciaux français ou américains qui ont tenté d’imposer divers modèles d’affaires, sans tenir compte de la spécificité des bibliothèques publiques québécoises. Comme indiqué dans mon billet de blogue: Emprunter un bon livre numérique , c’est un marché qui est en pleine expansion et un projet-pilote d’un système de prêt de livres numériques dans quelques bibliothèques publiques québécoises est en cours. Selon la loi 51, au Québec, les acheteurs institutionnels doivent acheter auprès d’une librairie agréée. Le modèle expérimenté permet aux bibliothèques d’acheter des livres des librairies agréées et de les offrir en prêt chronodégradable sur le site web de la bibliothèque. L’usager qui emprunte un livre le reçoit par courriel pour ensuite télécharger son droit de lecture sur le support de son choix. On prévoit que 2012 sera une année importante pour la présence des livres électroniques dans les bibliothèques publiques québécoises. Il est à prévoir que le prêt des livres numériques sera plus riche que son équivalent papier et pourra connecter les usagers qui pourront partager sur leurs expériences de lecture dans un nouvel espace virtuel.

Le futur social des bibliothèques publiques

Les exemples précédents ont démontré que certaines bibliothèques publiques au Québec avaient incorporé le web social dans leur fonctionnement. Cependant les bibliothèques publiques du Québec c’est 1000 bibliothèques réparties dans autant de municipalités. Plusieurs de ces bibliothèques manquent de moyens pour investir dans le web social, mais, plus que jamais, les bibliothèques publiques québécoises doivent travailler en réseau et en consortium pour faire face à cet enjeu important et être soutenues par l’État pour y arriver. Les bibliothèques publiques dépendent des autorités municipales et celles-ci doivent réaliser qu’investir pour amener leur bibliothèque publique au XXIe siècle est primordial et payant. À cet effet, diverses études ont démontré l’impact positif de la bibliothèque sur l’économie locale  mais sur lesquels je n’insisterai pas ici. Voir:  http://stephenslighthouse.com/2010/04/06/the-value-of-public-libraries/ .  Espérons seulement qu’au cours des prochaines années l’ensemble de nos bibliothèques publiques suivra les tendances du virage numérique et social nécessaire au rayonnement des bibliothèques publiques.

Dans quelques années, l’emprunt de livres numériques par le biais des services des bibliothèques publiques aura eu la chance de bien s’implanter et le personnel de ces institutions aura été indispensable pour les formations aux usagers visant à apprivoiser ce nouveau format de livre ainsi que leur support de lecture. Ce qui est fort intéressant avec le livre numérique est qu’il pourrait devenir  un véhicule important pour l’animation de nouveaux espaces virtuels. Christian Liboiron dans un article intitulé Livre numérique comme véhicule de communauté en bibliothèque paru dans la revue Argus de janvier dernier élabore sur la position privilégiée qu’auront les bibliothèques pour offrir un service de lecture sociale et mettre en réseau non plus simplement leurs collections entre elles, mais aussi les livres et leurs usagers. Par exemple, un usagé qui emprunte un livre aurait accès aux autres usagers qui l’ont également emprunté. Il pourrait lire des commentaires et critiques d’autres lecteurs, consulter les passages annotés ou les plus surlignés, accéder à un hyperlien qui renvoie à une photo quelconque qu’un autre usager a cru intéressante ou explicative. Il y a un monde de possibilités qui s’ouvre aux bibliothèques et leurs collections.

Dans 20 ans, les bibliothèques seront bien implantées dans un espace virtuel et animeront leur communauté de lecteurs tout en étant connectées avec le reste de la planète. Cependant, la bibliothèque physique sera toujours présente, elle aura été modifiée, les collections de livres occuperont moins de place. La bibliothèque publique sera réaménagée avec des espaces numériques et des espaces physiques conçus de manière à favoriser les interactions et la collaboration entre les citoyens. Elle sera un lieu où la parole sera revalorisée, où chaque personne deviendra une source d’information pour les autres. Un endroit où on apprendra à apprécier des formes d’expression artistique variées, un endroit où la formation continue sera toujours valorisée, tout comme la lecture peu importe le support.

Le web social aura eu un rôle important dans la restructuration des bibliothèques et aura contribué au développement de nouvelles communautés de partage et de lecture. Il ne me reste qu’à souhaiter que je jouerai un rôle dans ce changement de paradigme pour ces institutions dynamiques que sont les bibliothèques publiques du Québec.

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